|
Pour une politique de l’innovation à la mesure des ambitions
du Québec
(paru dans La Presse du 2 Novembre 2006)
A l’heure des constats de désarroi face à plusieurs de nos
secteurs industriels dont la forêt, le vêtement, le meuble
et même le magnésium, et dans la tourmente d’une morosité
face à l’avenir, le Québec doit apprécier ses atouts et
capitaliser sur le moteur qui a énergisé la révolution
tranquille et la croissance des dernières décennies,
l’innovation. Si le Québec est
devenu une référence en multimédia et en art médiatique, si
nous avons des positionnements dominants dans les moteurs
pour l’aviation d’affaires, les hélicoptères ou les
simulateurs de vol, si nos firmes d’ingénierie et
d’informatique exportent à travers le globe et si de grands
médicaments sont issus de nos centres de recherche, c’est
précisément le résultat non seulement du « travailler fort »
mais du « travailler mieux ». Tous
ces secteurs et bien d’autres ont été supportés depuis
plusieurs décennies au Québec par toute une gamme de
programmes pas toujours parfaits mais toujours inspirants et
stimulants pour nos scientifiques et nos entrepreneurs.
Aujourd’hui, dans le contexte d’une remobilisation de la
société québécoise, il est impératif de poursuivre avec
encore plus de vigueur la transformation et le
positionnement du Québec au sein de la nouvelle économie.
L’innovation exige vision, ténacité et
opportunisme. Que serait l’Alberta
si elle avait baissé les bras devant le défi des sables
bitumineux alors que le pétrole était sous les 20 $ ? Que
serait la Finlande sans Nokia et ses parcs technologiques
qu’elle exporte maintenant en Russie ? Où serait la
Californie sans la transformation continuelle de leaders
comme Microsoft, Apple et Intel ?
Plus près de nous, Hydro Québec, le Cirque du soleil, Louis
Garneau et Bombardier dominent leur secteur par la
créativité, le design, l’audace et le talent. La
confirmation récente du leadership du Québec dans le secteur
ferroviaire, c’est le résultat d’un produit plus innovant,
fruit de longues années de créativité d’ingénieurs issus
principalement de nos universités.
Et l’avenir est encore plus prometteur. Le Québec est déjà
bien positionné dans des secteurs d’avenir comme la
recherche sur les changements climatiques, les
neutraceutiques, la photonique, la génomique, le spatial,
les bio-nanotechnologies et les technologies médicales ; la
jambe bionique de Victhom et les yeux électroniques de la
sonde Opportunity sur Mars conçus par Delsa de Bromont en
sont des illustrations éclatantes.
Et voilà que nous sommes en peloton de tête du plus grand
marché des prochaines décennies, celui de l’innovation en
sciences de la vie. Au moment d’investir massivement dans de
grandes infrastructures hospitalières, voilà une occasion
unique de lancer un vaste chantier pour réinventer la
pratique médicale et exporter aux quatre coins de la planète
nos meilleures pratiques et technologies.
Cependant la partie sera difficile pour le Québec car, de
nos voisins immédiats à l’Asie, toutes les grandes régions
innovantes du monde sont dans la course. Près de nous,
l’Ontario a créé un ministère de la recherche et de
l’innovation dont le titulaire est le Premier Ministre
McGuinty lui-même. Les principaux
défis du Québec sont que trop de nos technologies ne sont
pas commercialisées ou sont vendues à rabais ; la petite
taille de notre marché local rend difficiles, en l’absence
d’une politique bien ciblée, les preuves de concepts
nécessaires pour convaincre les investisseurs et les marchés
internationaux. La prochaine
politique d’innovation doit faire du Québec une vitrine de
nos capacités de créativité et de savoir-faire dans des
secteurs prometteurs où le talent est plus important que le
coût de la main d’œuvre comme les sciences de la vie,
l’aérospatiale, l’énergie, les nouveaux médias et la
simulation. Elle doit exploiter les
efforts formidables déjà initiés (entre autres par le
programme Valorisation Recherche Québec) en accélérant le
transfert technologique de nos universités et nos centres de
recherche et la commercialisation internationale de nos
meilleures idées. Elle doit
encourager l’embauche de jeunes ingénieurs dans nos
entreprises traditionnelles et valoriser les carrières en
design et en techniques spécialisées.
Elle doit faire la promotion de nos
grappes stratégiques et inspirer nos jeunes à apprécier nos
secteurs prometteurs à moyen et à long termes plutôt que
d’être découragés par la manchette de la journée.
Elle doit enfin reconnaître et supporter
l’activité de nos parcs scientifiques et de nos technopôles,
lieux de convergence technologique, de prospérité et de
qualité de vie. Une politique de
l’innovation c’est avant tout faire confiance à nos jeunes
et leur ouvrir la voie à transformer nos entreprises et
institutions, comme le soulignait tout dernièrement si
justement Henri-Paul Rousseau, président de la Caisse de
dépôt et de placement du Québec.
Nous espérons que le gouvernement du Québec saura appuyer
vigoureusement la politique d’innovation en voie
d’élaboration actuellement et qui fait l’objet de
consultations soutenues avec le milieu. La grande erreur
serait de sous-investir, de ne pas oser. Nous devons
capitaliser sur nos atouts au moment où les grandes régions
innovantes du monde et plus près de nous les principales
provinces canadiennes, mettent de l’avant des initiatives
audacieuses pour attirer cerveaux et investissements dans
nos secteurs de pointe.
Oui, briller parmi les meilleurs mais avec les moyens de nos
ambitions.
Signée par :
Camille Gagnon
Innovitech
Marcel Côté
SECOR
Jacques St Laurent
Président
Bell Hélicoptère Textron et président de la grappe de
l’aérospatiale du Montréal métropolitain, Aéro Montréal
Christian Yaccarini
Président-directeur général
Technopôle Angus
Pierre Bélanger
Président-directeur général
Cité de la Biotechnologie et
de la santé humaine
Claude Normandeau
Président-directeur général
Technoparc Saint-Laurent
Paul L’Archevêque
Président-directeur général
Génome Québec
et co-président du comité de transition de la grappe des
sciences de la vie du Montréal métropolitain, Montréal
InVivo
Grappe des technologies de l’information du Montréal
métropolitain
Page
d'accueil
|